Le dessus du panier n° 3

Cette rubrique, troisième du nom, s’intéresse brièvement à certaines espèces de champignons issues de nos longues listes de détermination. Elle est publiée, sans les photos, dans le Bulletin de la Société Linnéenne de Bordeaux (2007, tome 142, 1, p. 71-73).

réc. désigne la personne qui a récolté le champignon ; 

dét. désigne la personne qui en a effectué la détermination.

Après la sécheresse de septembre et octobre, le mois de décembre 2006 a été bien arrosé et une température exceptionnellement clémente a permis l'apparition d'une grande quantité d'espèces. Certaines d’entre elles ne semblent pas avoir été observées ces dernières années dans la région. Toutes les espèces citées ont été récoltées en décembre 2006 et janvier 2007 sur le site du Parc de l'Ermitage à Lormont (Gironde). Elles ont été étudiées et décrites par André Cazenave (dét.) et Jacques Beck Ceccaldi (réc.).

Cortinarius diosmus Sch. - Cortinaire à deux odeurs - Le chapeau et le pied sont recouverts d'un voile blanc disparaissant rapidement au toucher. Il est possible que les deux odeurs émises lorsque l'on coupe le champignon soient le résultat d'une oxydation très rapide. Milieu: sous feuillus. Fréquence: abondant sur stations rares. Non comestible.

Cortinarius damascenus Fr. - Cortinaire de Damas - Particularités: base soudée commune à plusieurs exemplaires. Très hygrophane. Les couleurs, suivant l'humidité du champignon, vont du brun au jaune. D'abord le bord puis le milieu du chapeau s'assombrissent en séchant, le reste devenant plus clair. Cortine importante jeune, mais fugace. Milieu: chênaie sur sol argilo-calcaire. Comestibilité inconnue.

Cortinarius salor ssp. transiens Melot - Toutes les parties de ce cortinaire sont assez violettes au début, puis rapidement deviennent brun jaune. L'espèce type Cortinarius salor Fr. a la chair blanche. Non comestible.

 

Cortinarius sertipes Kühn. - Près des peupliers, ce petit Telamonia dont le diamètre du chapeau n'excède pas 4 cm, est gris à marge fribrilleuse blanche. A l'état très jeune, les lames sont lilacines. Le pied est violet en haut puis couvert de zones blanchâtres. On le trouve assez souvent en compagnie d'un autre petit cortinaire au chapeau marqué d'un mamelon aigu, Cortinarius pulchripes Favre. Non comestible.

Cortinarius rickenii Rob. Henry ex Bidaud, syn. Cortinarius trivialis Lange var. rickenii - Caractérisé par un pied visqueux portant de nombreux bracelets en relief et anastomosés. Cette espèce se différencie du type trivialis par les lames lilacines et des spores plus grandes. Nous l'avons trouvée deux fois sur le site à un mois d'intervalle, sous des peupliers. Non comestible.

Entoloma incanum (Fr.: Fr.) Hesler - Entolome à pied vert - Nous n'avons pas noté d'odeur d'urine de souris comme indiqué dans la littérature, tout juste une faible odeur peu agréable. En revanche, ses lames blanches (à l'état jeune) et son pied d'un superbe vert jaune fluo très lumineux deviennent bleus à la cassure ou lors d’une manipulation trop appuyée. Espèce rare à protéger. Non comestible.

 

Entoloma hirtipes (Schum.: Fr.) Moser - Fréquent en toute saison et ubiquiste, cet entolome hygrophane est fort joli avec son chapeau papillé gris soyeux. Le pied est élancé, fibrilleux et fragile, blanc en bas. Odeur désagréable. Non comestible.

 

Entoloma lividoalbum (Kühn. & Romagn.) Kubicka - Chapeau de 10 cm de diamètre, brun clair. Lames blanches. Pied fibrilleux blanc 10 x 2 cm. Odeur de concombre. Sous feuillus. Peu fréquent. Non comestible.

 

Inocybe phaeodisca Kühn. - L'apparence d'Hebeloma est si grande qu'il est très facile de se tromper. Heureusement, la microscopie est là pour nous permettre de rétablir la vérité. Spores 8-11 x 5-6 µm, amygdaliformes. Cheilo et pleurocystides muriquées très nombreuses. Présence de caulocystides sommitales. Non comestible.

 

Lepiota grangei (Eyre) Kühn. - Chapeau de diamètre 2 à 3 cm, squamuleux. Lames blanches. Pied concolore dont les squamules et l'anneau disparaissent au moindre toucher. Fréquence: assez rare. A rejeter. Les petites lépiotes du genre Lepiota sont toutes fortement toxiques ou mortelles.

Lepista panaeola (Fr.) Karsten – Argouanne - Chapeau: 10 à 20 cm, plan convexe brun rosâtre, concentriquement guttulé de brun foncé. Stipe: concolore à plus clair. Lames: adnées, beiges puis rosées. Odeur: de farine. Milieu: taillis de collines. Fréquence: rare. Bon comestible.

Sarcoscypha coccinea (Scop.:Fr.) Lambotte - Pézize écarlate - Apothécie en coupe rouge jusqu'à 4 cm de diamètre. La couche externe (excipulum) est rosée et furfuracée. Le pied est très court et blanchâtre. Très nombreux exemplaires (en hiver) sur petites brindilles ou branches de lauriers (Laurus nobilis) de petit diamètre, sous une épaisse couche de feuilles en décomposition. Comestible.

Lepista rickenii Singer - Chapeau 10-15 cm, mamelonné puis déprimé, brun sale. Lames rosé sale. Pied : 6 x 1-2 cm, concolore. Odeur farineuse. Fréquence: peu courant. Non comestible.

 

Melanoleuca arcuata (Fr.) Sing. Bresinsky & Strangl. - Chapeau de diamètre 4 à 10 cm, convexe aplati devenant déprimé. Brun noir s'il est humide. Lames blanches serrées. Chair blanche à ocrée, plus brune dans le pied qui est bulbeux. Fréquent dans les endroits clairs et herbeux en fin d'automne. Comestible inintéressant.

 

Mycena pura forma alba (Gill.) Kühn. et Mycena pura forma ianthina (Gill.) Kühn. - Dans le genre Mycena, c'est certainement Mycena pura qui présente le plus de variations de couleur. Ainsi ont été créées les formes alba, lutea, multicolor, purpurea, roseoviolacea, violacea, ianthina, carnea et pseudopurpurea. Toxique.

 

Phaeotellus rickenii (Singer ex Hora) Bon - Omphale de Ricken - Cette minuscule Omphalina, diamètre 2 cm pour le chapeau et hauteur totale de 1,5 cm, est notée dans la littérature : espèce rare à très rare ! Peut-être est-ce tout simplement sa taille qui empêche de la découvrir plus fréquemment. Comestibilité sans intérêt.

Textes : Jacques Beck Ceccaldi et Michel Pujol

Photos : Jacques Beck Ceccaldi