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Regard sur la flore mycologique de la zone littorale

Sud-Ouest Atlantique de la France

 

La zone littorale est comprise ici dans un sens large comprenant :

1.    Le milieu dunaire ( de l'intérieur vers la côte, en schéma simplifié ) ® dune boisée, dune fixée ou lette[1], noire et grise, dune blanche mobile.

2.    Une bande de quelques kilomètres de plantations de pins maritimes, fréquemment alternées avec des parcelles de couverts feuillus où dominent les chênes pédonculés, parfois mêlés de diverses autres espèces, en particulier aux abords des crastes[2], sur les rives des cours d'eau, les bords des étangs, les lieux humides et en bordure des routes.

            La présence de ces arbres d'essences diverses, chênes verts, chênes liège, chênes tauzin, chataîgners, bouleaux, saules divers, érables champêtres, peupliers divers, aulnes glutineux, frênes, arbousiers, explique que cette dernière zone - que par commodité nous appellerons "zone intérieure" -  soit porteuse, du printemps à l'automne, d'une gamme de champignons assez diversifiée;  on y observe en effet d'avantage d'espèces que sous les pinèdes pures.

            Cependant, le milieu dunaire peut, certaines années, offrir en arrière saison un important cortège d'espèces, alors qu'à cette période la "zone intérieure" est pratiquement improductive,à l'exception de quelques formations  lignicoles.

Les saisons et les pousses

            Nombre d'espèces sont  très constantes quant à leurs sites et leurs périodes de pousse, cependant,  certains champignons peuvent - au gré des conditions météorologiques et d'autres facteurs encore méconnus -  faire des apparitions inopinées; on ne doit donc pas être surpris outre mesure de rencontrer des sujets en dehors des lieux et des époques habituels de leur croissance.

            Printemps: Dans ces biotopes  aux conditions édaphiques et climatiques particulières, la période vernale est généralement peu propice à la pousse des champignons, néanmoins, quelques espèces peuvent croître , nous citerons les plus communes :

·      Sur la dune blanche et parfois la lette grise, dès le début du mois de mars apparaît la Morille des dunes, espèce à stratégie perenne peut-être symbiotique des oyats ou d'autres plantes sabulicoles, elle est parfois accompagnée de la Pézize ammophile, ces deux epèces peuvent persister durant quinze jours à trois semaines.

·      En bordure de la lette grise à la lisière des dune boisées, l'Amanite jonquille, espèce particulièrement prolifique qui peut être présente tout au long de l'année hormis périodes de sécheresse ou de gel prolongé; on peut également rencontrer, mais beaucoup plus rarement, l'Amanite printanière, espèce toxique mortelle [3],  l'Amanite à volve surélevée et de petites espèces sabulicoles, par exemple la Psathyrelle ammophile, l'Inocybe de Heim, le Marasme du littoral, la Mycène chlorantine que l'on observera également en automne.

  • Plus à l'intérieur, en bordure des couverts, dans les clairières et lieux bien exposés, quelques espèces typiquement printanières ou précoces peuvent fructifier dès avril, la Morille à côtes, le Tricholome de la St Georges, le Marasme des oréades, le Bolet granulé, le Bolet réticulé ( ou Cèpe d'été) le Bolet amer, la Russule comestible, l'Amanite rougeâtre ou Golmotte, l'Amanite jonquille et une forme spécifiquement printanière de cette dernière, de port  trapu et pourvue d'un bulbe napiforme.

Été : Sur la zone côtière plus que partout ailleurs, la période estivale donne un net coup d'arrêt à la pousse des champignons, sans doute peut-on débusquer quelques rescapés sur les endroits protégés des ardeurs climatiques, mais c'est là une possibilité bien aléatoire.

Automne : Sur la frange côtière proprement dite, les prémices de la grande pousse saisonnière apparaissent plus tard que sur la "zone intérieure", où, comme nous l'avons indiqué, se trouvent les sites à couvert de feuillus dominants, ainsi, sous les pinèdes des dunes boisées, la lette grise et la dune blanche, on assiste à des éclosions tardives d'une quantité d'espèces (généralement courant novembre)  ces pousses sont fréquemment spectaculaires autant que spontanées.

Hiver : Il n'est pas rare que la pousse automnale perdure jusqu'aux premiers grands froids; pendant le mois de décembre et même en janvier, des repousses de certaines espèces se produisent souvent après les "coups de gelée", le nombre et la densité peuvent varier d'une année à l'autre, ces fluctuations dans la constance de certains champignons sont probablement en partie liées à des conditions climatiques, mais, au terme de quatre décennies d'observation, nous pensons que n'est pas étrangère à leur raréfaction, la fréquentation d'année en année plus importante de ces lieux et par voie de conséquence, les cueillettes intensives - parfois à des fins commerciales - des espèces comestibles, en particulier la Chanterelle jaune des pins que l'on voit proposée par cageots entiers dans les grandes surfaces; nous devons malheureusement ajouter au passif de l'intervention humaine, la destruction des espèces ne présentant pas d'intérêt culinaire au cours de ces quêtes sauvages. Autre espèce commune, objet de la convoitise générale, le Tricholome doré familièrement baptisé Bidaou - nous rappellerons que ce champignon est responsable de plusieurs intoxications, dont trois à issue mortelle, reconnues - nous conseillons donc aux personnes qui tiennent absolument à consommer ce tricholome, dorénavant considéré à juste titre comme potentiellement dangereux, de n'en manger que de petites quantités et à intervalles espacés.

            Aspect caractéristique de la flore fongique dunaire et prédunaire, des espèces banales, amanites, bolets, russules, tricholomes, présentent parfois une morphologie et des dimensions atypiques, on est en effet surpris par la taille de certains sujets croissant sur un substrat pauvre en humus, en plein sable et parfois à bonne distance des couverts. Lors des années favorables, en certains endroits, la densité des champignons est particulièrement notable, véritables tapis de la Chanterelle jaune des pins, du Clitocybe orangé, colonies de l'Amanite-tue-mouches  ornant le bord des routes, concentrations de diverses espèces, Amanite citrine et ses variétés et formes, A. jonquille, Bolet des bouviers, Bolet jaune des pins, Tricholome à odeur de savon,  Hébelome à spores cylindriques, Cortinaire muqueux, C. semi sanguin, C. obtus, Russule à pied rouge, R. tardive, Lactaire délicieux, L. couleur foie, Agaric auguste, Gyromitre à turban, pour citer quelques exemples. Sur les lieux où mousses, sphaignes et lichens forment un épais tapis végétal, de nombreuses petites et moyennes espèces croissent, souvent munies d'un pied de longueur disproportionnée, il n'est pas rare que seule une protubérance de mousse signale la présence d'un champignon.

             À côté du cortège classique des champignons plus ou moins communs répertoriés au cours des quatre décennies écoulées, existent plusieurs espèces rares ou nouvelles, certaines d'affinité méditerranéenne. Notre collègue et ami Jacques Guinberteau, ingénieur à l'INRA, a mené une longue et méticuleuse étude de cette flore dunaire; à l'intention de nos collègues mycologues nous citerons quelques uns de ces champignons originaux ou méconnus observés, déterminés ou décrits par Jacques Guinberteau  ®  In : La mycoflore des écosystèmes dunaires du Bas-Médoc J.G  INRA.

Macrolepiota psammophila Guinb.

Stropharia halophila Pac. fo. occidentalis Courtecuisse, Bon & Guinberteau

Lepiota brunneolilacea Bon & Boiffard

Sericeomyces menieri (Sacc.) Contu

Lepiota sublaevigata Bon & Boiffard

Bolbitius variicolor Atk.

Lepiota ochraceodisca Bon

Tulostoma kotlabae Pouzar

Agaricus menieri (Sacc.) Contu

Agrocybe pusiola (Fr.:Fr.) Heim

Limacella subfurnacea Contu

Oudemansiella mediterranea (Pac. & Lall.) Horak

Gyrophragmium dunalii (Fr.) Zeller 1943

Rhodocybe malençonii Pacioni & Lalli

            Nous devons, hélas,  conclure ce bref et bien incomplet tableau sur une constatation alarmante, l'anarchie climatique qui règne depuis quelques années semble provoquer la raréfaction, voire la disparition de certaines espèces autrefois abondantes, tricholomes et cortinaires en particulier, malgré cette perspective peu réjouissante, la zone côtière aquitaine offre aux spécialistes et aux amateurs un vaste terrain d'investigation et réserve certainement encore bien des surprises aux chercheurs persévérants.

                                                                                                                                                                                           Francis MASSART

[1] Lette ou lède = dépressions du terrain entre les dunes.

[2] Crastes = fossés d'irrigation artificiels.

[3] Le 5 Mai 1984, Claude Lanne, a observé en bordure de la dune boisée à Lacanau-Océan plusieurs exemplaires d'une forme grêle de l'Amanite printanière (NaOH + ) croissant en plein sable à distance des couverts, le dessin que nous présentons a été effectué à partir d'un exemplaire que nous a remis C.L. la silhouette n'est pas sans rappeler celle de Amanita phalloides fo. Larroquei que nous avons observé au Porge dans les mêmes conditions biotopiques.