|
En
Gironde et dans les départements limitrophes, tout au long de
"l'aventure linnéenne", l'étude des champignons a eu
ses adeptes dont certains, parmi les plus célèbres,
pratiquaient simultanément et avec talent plusieurs disciplines
des sciences naturelles.
Dans
cette brève évocation nous ne pouvons nommer tous ceux qui,
depuis la fondation de notre Société, œuvrèrent pour la
connaissance en mycologie, nous citerons quelques personnalités
dont les observations et les découvertes ont permis de
réaliser la richesse et la diversité de la flore fongique
régionale.
Notre quête
débute en 1829, tome 3 des Actes linnéens, dans lequel on peut
lire p. 247 une note de H. Gachet : " Description d'une espèce
inédite de Pézize", puis dans le tome 5 –
1832, le même auteur publie "une notice sur une espèce
nouvelle de champignon pour la flore française"; dans
le même tome, Ed. Legrand décrit "une nouvelle espèce
de la 4° tribu (cynocephallus) du genre Phallus, et le
fondateur de la société J.-F.Laterrade lui-même publie une note
concernant Geastrum coliforme, rare gastéromycète devenu
au gré des fluctuations nomenclaturales
Myriostoma coliforme.
Depuis
ces prémices, durant près d'un siècle se succédèrent dans
les Actes et Procès-Verbaux les noms de De Brondeau, Dubalen,
Brochon, Rodier, Boyer, Devaux, Doinet et bien d'autres, autant
d'auteurs d'une série de notes, communications, comptes-rendus
d'excursions et présentations de champignons.
En 1912, tome 66,
avec "Présentation de Coprinus hemorobius",
apparaît pour la première fois dans les publications
concernant les champignons, le
nom de Malvesin; à partir de cette date et jusqu'en
1947, toutes les publications linnéennes comporteront un ou
plusieurs articles signés du nom de celui que l'on doit considérer
comme le père de la démarche mycologique linnéenne actuelle.
En 1925, le tome 77
contient une intervention du célèbre mycologue landais
A. Beauseigneur, auteur d'une Contribution à l'étude de la
flore mycologique des Landes (1926) et inventeur entre autres
de la fameuse Amanita gilbertii dont Malvesin-Fabre
devait découvrir en 1943 une station dans les environs de
Caupian-Médoc. Après avoir été suivie pendant plusieurs années,
cette station tomba dans l'oubli
.
Secondé par le
prof. J. Eymé, G. Tempère, M. Larroque, C. Ballais, le professeur
G. Malvesin-Fabre donna un caractère public aux activités
mycologiques de la Société Linnéenne: Excursions et
expositions attirèrent chaque automne davantage de participants
et de visiteurs.
À
la fin des années 1950, après le décès de ce grand naturaliste
et homme de science, le
flambeau fut maintenu par ceux qui l'avaient aidé avec
dévouement et compétence. Le siège de la Société, situé alors à
Bordeaux 71 rue du Loup, et le pavillon de botanique du Jardin
Public devinrent durant plus
de trente années les lieux de rencontre privilégiés des
girondins passionnés de mycologie. Ce fut la grande époque qui
vit se constituer "la Vieille Équipe" avec aux
côtés des Linnéens déjà cités : le Pr. Laubie, R. Caujolle,
R. Sabo, P. Lavenier, F. Massart, C. Rouzeau, P. Beauvais,
J.-P. Caurat, C. Lanne, A. Cazenave. Des contacts amicaux
s'établirent avec les sociétés sœurs du Grand Sud-Ouest :
Agenais, Landes, Pyrénées-Atlantiques, Béarn,
Périgord, Charente, et Charente-Maritime, Vendée, mais aussi
avec la Fédération Mycologique du Dauphiné-Savoie, la
Société Mycologique de France. Nous aurons une pensée à la
mémoire de M.M. A.G. Parrot, C. Freeman F. Batoue, P. Aignan, A.
Sainte Martine, tous mycologues renommés avec lesquels les
rapports furent particulièrement chaleureux et enrichissants.
Durant plusieurs
années, l'équipe bordelaise connut le privilège d'être
chaperonnée par le fameux mycologue landais Vincent-Henri Mesplède
et bénéficia de son savoir et de sa légendaire disponibilité.
Le point d'orgue de cette expérience fut, au cours des années
1970, la présence du Maître Henri Romagnesi convié à plusieurs
excursions linnéennes sur la zone littorale atlantique et à
des expositions organisées par nous-mêmes, nos amis landais et
périgourdins. V.-H. Mespède
et H. Romagnesi nous ont quittés, mais leur présence
nous accompagnera encore tout au long de notre cheminement
mycologique.
Au fil des ans, le destin
emporta plusieurs des amis avec lesquels, pendant plus de deux décennies,
furent partagés tant de riches moments. Le nombre des
mycologues actifs se trouva bien réduit car, malgré les
efforts de recrutement prodigués, les candidats à l'étude des
champignons ne furent pas légion. Néanmoins, les activités
publiques - excursions, expositions articles de presse - furent
maintenues. Sur le plan scientifique, notre petit groupe apporta
une contribution non négligeable à la connaissance de la
flore fongique locale par ses observations et ses découvertes,
la publication de monographies et de nombreux articles en France
et à l'étranger
.
Depuis quelques années,
la mise à disposition par la Municipalité de Gradignan d'un
local dans le cadre de la Maison de la Nature a offert aux
mycologues et botanistes linnéens un lieu de rencontres
hebdomadaires idéal en raison de son accessibilité et de son côté
fonctionnel et accueillant. Cette opportunité a sensiblement amélioré
le taux de fréquentation des réunions et permis d'accroître
le nombre de "recrues actives". Des rapports constants et
cordiaux sont entretenus avec plusieurs mycologues de renom,
français et étrangers, ainsi qu'avec plusieurs sociétés
mycologiques. Nous ne pouvons passer sous silence les services
rendus aux mycologues girondins par Marcel Bon, qui depuis la
Station d'Études en Baie-de-Somme n'hésite jamais à répondre
rapidement aux suppliques adressées par les collègues en détresse
en face de quelques problèmes systématiques ou nomenclaturaux.
En complément aux
activités saisonnières - excursions et expositions -, le
programme "Rencontre mycologique internationale",
inauguré en 1998, connaît un succès d'année en année
grandissant. Appréciée par tous en raison de la beauté du
site, de son intérêt scientifique et de son caractère
convivial, cette manifestation se déroule chaque automne
dans le courant du mois de novembre avec pour cadre le
Centre Aéré Départemental de BOMBANNES, situé sur le bord
sud-ouest de l'étang de Maubuisson; elle a pour thème central
l'étude des champignons de la zone littorale Sud-Ouest
atlantique. Outre les dunes boisées de la base, les lieux
prospectés sont, entre autres : Le Porge, milieu dunaire et
lettes, Lacanau Le Moutchic, bord du canal à couvert d'aulnes
et saules, Le Verdon, couvert de chênes verts.
Francis Massart, 26.02.2004
--------------------------
Exemples
d'études récentes
D'éminents Linnéens de notre section ont récemment découvert
divers champignons rares ou inédits, et ont publié leurs
observations dans le Bulletin de la Société Linnéenne.
- Jacques Beck Ceccaldi a ainsi pu examiner en 2006 à Lormont
(Gironde) Helvella fusca, apparemment encore
inconnue pour ce département. Ses données détaillées (incluant
des investigations microscopiques sur les spores) ont fait
l'objet d'un intéressant article in Bulletin Soc. Linn.
Bordeaux, 2006, tome 141, fasc. 2, p. 135-139.

- Dans les Hautes-Pyrénées (à Génos), Annick Grelier et
Jacques Beck Ceccaldi ont récolté
en 2006 le rare Ascomycète Discina parma. Une
description étoffée et illustrée de cette espèce a été publiée
dans notre Bulletin, 2006, tome 141, fasc. 3, p. 191-196.
 |