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Le Tricholome doré

Tricholoma auratum [ Fr.] Gillet

Au banc des accusés [1]

Key-words – Basidiomycotina – Homobasidiomycetes – Tricholomataceae – Tricholoma auratum – Southwestern Atlantic coast – Toxicity.

  RésuméL'auteur évoque l'effet de surprise provoqué par la nouvelle de la toxicité potentielle de Tricholoma auratum et donne des précisions sur son aire de répartition le long du littoral sud-ouest atlantique de la France.

  Abstract – The autor mentions the surprise effect created by the Tricholoma auratum potential toxicity advice and precises its distributional data along France Southwestern Atlantic coast.

 


            L'information concernant la toxicité potentielle de Tricholoma auratum (R. Bedry & al., 2001) a provoqué une stupeur, souvent teintée d'incrédulité, dans les milieux mycologiques et parmi les nombreux cueilleurs de ce champignon.

             En effet, comment une espèce, réputée comestible, familièrement nommée "bidaou" et consommée en quantité chaque automne par une multitude de personnes, pouvait-elle soudainement se révéler dangereuse ?

            Le rapport des autorités médicales cite 13 patients atteints de rhabdomyolyse, dont trois à issue mortelle, entre les années 1992 et 1999.

            Jusque-là, les seuls empoisonnements graves, généralement mortels, liés à la consommation du bidaou étaient dus à la confusion de cette espèce avec l'Amanite phalloïde qui croît sur les mêmes lieux, à la même époque et dont le chapeau peut présenter le même aspect et les mêmes colorations; mais le tableau clinique de ces intoxications était d'une tout autre nature que celui présenté par les patients soignés par les autorités précitées.

            Étant donné le caractère tardif des premiers symptômes de ce genre nouveau d'intoxication fongique, un à trois jours, leur type bien particulier non inscrit dans aucun des syndromes connus consécutifs à la consommation des champignons supérieurs, il n'est pas interdit de penser que d'autres accidents similaires, à conséquences plus ou moins graves, se soient produits par le passé sans que leur origine ait été attribuée à l'ingestion du Tricholoma auratum en particulier.

            Le bilan médical et toxicologique établi par le professeur G. Deffieux [2] donne toutes les précisions nécessaires à la compréhension de cette récente découverte.

            Nous présentons ci-après les observations que nous avons notées concernant l'époque de pousse, l'habitat et les diverses apparences du champignon incriminé.

            Commun et abondant sur toute la zone côtière aquitaine, le Tricholome doré apparaît généralement dès la fin octobre, rarement plus tôt, il reste présent jusqu'aux premières fortes gelées; au cours des hivers peu rigoureux, on peut encore le rencontrer durant le mois de janvier.

            Son habitat de prédilection est constitué par les couverts aérés de pins maritimes en milieu dunaire, indifféremment sur le sol nu ou les tapis d'aiguilles, de mousses et de lichens dont les espèces dominantes sont : Bryum turbinatum, Hypnum undulatum, Cladonia rangiferina. On peut également en observer quelques individus disséminés en bordure des pins longeant la lette grise.

            Il croît isolé ou en groupes de plusieurs individus plus ou moins rapprochés les uns des autres, parfois au point de se chevaucher.

            Selon les lieux de pousse, le Tricholome doré peut présenter une morphologie très variable : port grèle, pied fin et plus ou moins flexueux lorsqu'il émerge d'un tapis de végétation et d'aiguilles de pins - il a alors l'aspect du Tricholoma sulfureum ou de certains cortinaires du sous-genre Dermocybe (section cinnamomei) avec lesquels il voisine souvent - port trapu et massif chez les sujets croissant en plein sable et dont, le plus souvent, seul le chapeau est apparent; il arrive qu'un renflement des mousses et lichens ou un dôme de sable signalent sa présence. Cette particularité explique la façon rudimentaire de procéder de certains cueilleurs : deux doigts sous le chapeau et hop!… dans le panier. Nous avons appris au cours des ans que cette méthode était à l'origine d'accidents dus à la présence d'une ou de plusieurs Amanites phalloïdes dans les cueillettes. Autre caractère typique de ce champignon, la viscosité de la cuticule qui retient le sable, les aiguilles et autres débris végétaux. On rencontre parfois des sujets dont les lames sont voilées par une fine moisissure blanche; ce détail - que l'on peut observer sur d'autres espèces – a conduit certains mycologues (dont nous-même…) à penser que les moisissures pourraient jouer un rôle dans les intoxications imputables au bidaou, hypothèse qui a été écartée par les autorités compétentes en charge de l'étude toxicologique.

            La synonymie de Tricholoma auratum avec Tricholoma equestre ( = T. flavovirens ss auct. pp.) étant parfois avancée, nous proposons un tableau mettant en évidence les principales différences entre ces deux taxons; jusqu'à présent, nous n'avons jamais observé T. equestre sur le littoral sud-ouest atlantique, mais étant donné les affinités taxonomiques existant entre les deux espèces, il convient de rester vigilant et d'observer vis-à-vis de chacune les mêmes règles de modération (cf. G. Deffieux et R. Bedry, Doc. Mycol. t. XXXII, fasc. n° 126, p. 27).

Société Linnéenne de Bordeaux  

Francis Massart

21, rue des Volubilis

F-33170 Gradignan

[1] Communication publiée in  Documents Mycologiques t. XXXII, fasc. n° 126, p. 17/20

[2] Documents Mycologiques t. XXXII, fasc. n° 126, p. 21/29.

 

 

Caractères

Tricholoma auratum (Fries) Gillet

= T. arenarium (Lev.) Gill.

Tricholoma equestre (L.: Fr.) Quel.3

= T. flavovirens auct.

Chapeau

Diamètre moyen 8-10 cm (nous avons observé un exemplaire de 18 cm), d'abord globuleux puis convexe, largement mamelonné chez certains sujets, plan à la fin, parfois à marge récurvée, souvent difforme avec le bord ondulé et plurilobé, jaune doré, roussâtre au centre, parfois même sur la totalité - on rencontre des spécimens aux tonalités extrêmement proches des Amanites phalloïdes croissant en milieu dunaire - cuticule lisse, nettement lubrifiée, visqueuse - particularité évidente par temps pluvieux (cf. photo n° 1), perceptible même par temps sec par contact avec les lèvres. On rencontre, peu souvent, des sujets ornés de fines squames apprimées au centre. Diamètre 5 à 10 cm, d'abord convexe ou campanulé puis étalé et largement mamelonné, marge longtemps enroulée. Cuticule sèche, à peine visqueuse vers la marge par temps humide, veloutée au centre, mouchetée concentriquement de fibrilles sombres, sublaineuses, plus épaisses vers le centre, brun verdâtre à brun rougeâtre au centre, s'éclaircissant vers le jaune soufre à la marge.

Lames

(lamelles et lamellules)

Moyennement serrées (8 à 10 cm à la marge) moyennement larges à larges selon les sujets, nettement émarginées, à arêtes souvent irrégulières et parfois fripées (cf. photos n° 1-2-3), jaune vif. Assez serrées, émarginées à sinuées, à arêtes égales un peu fissiles, jaune soufre à jaune citrin, se colorant de rouille en séchant.

Pied

Cylindrique à claviforme, épais et court ou fin et allongé selon le lieu de pousse, extérieurement blanchâtre lavé de jaune pâle ou entièrement de cette tonalité, finement fibrilleux longitudinalement, ces fibrilles pouvant présenter des nuances roussâtres, canal médullaire présent, partant de la partie médiane du pied et allant en s'évasant jusqu'au centre du chapeau. Plutôt élancé, hauteur 6 à 10 cm, cylindrique à base renflée, atténué à l'extrémité, uniformément jaune avec de rares flocons un peu brunissants.

Chair

Généreuse, ferme, blanche, liserée de jaune sous l'épicutis et le caulocutis, pas d'odeur caractéristique, saveur douce. Rarement soumise à l'action des larves et des mollusques. Ferme, jaune ocracé à jaune laiton plus soutenu dans le stipe, jamais absolument blanche, à odeur faible farineuse ou légèrement aromatique (de fleur d'oranger), saveur douce un peu amère à la mastication.

Sporée

Blanche en masse. Blanche en masse.

Spores

Hyalines, ovoïdes à elliptiques, 7-8 x 4-5 µm. Hyalines, elliptiques à subovoïdes ou amygdaliformes, mono ou pluriguttulées, 6-8 x 3-5 µm.

Habitat

(Pour la Gironde et les Landes)

Exclusif en terrain sableux à couvert de Pinus pinaster Aiton, prédilection pour les dunes boisées du littoral S.O. atlantique de la France où il croît dès la fin octobre. En terrains argileux et argilo-calcaires, sous conifères, feuillus, bois mêlés, en plaine et sur les reliefs, hêtraies pyrénéennes et jurassiennes.

 

 

3 Nous n'avons jamais observé cette espèce sur le littoral Sud-Ouest atlantique, notre description est donc établie à partir des textes des auteurs cités dans notre bibliographie.

 

 

Différents aspects de Tricholoma auratum  Gillet

Le Porge – Novembre 1989

Bombannes  - Novembre 2001

 

Bombannes - Novembre 1999

Le Porge - Novembre 2002